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Un jour, ma mère m’a assise sur la banquette arrière de la 206 bleue nuit que j’avais toujours connue, le chien à mes pieds, et on a pris la route toutes les deux. On a quitté la banlieue parisienne, puis au bout, on est montées dans le ferry, et on a tout recommencé une deuxième fois, quelque part dans la Méditerranée. C’était compliqué, à l’époque tout l’était — et partir au soleil devait à coup sûr rendre les choses moins compliquées.
J’ai grandi dans un village du nord de la Corse, tout au sud du cap. Je suis arrivée sur l’île à l’âge de huit ans, je l’ai quittée quand j’en ai eu dix-huit, un gros sac à dos sur mon dos, un petit sac à dos sur le torse. C’est étrange comme tout ce qu’on possède peut se résumer à peu. J’ai mis longtemps à avoir envie de revenir. Je ne sais pas vraiment ce qui définit une maison. Les poètes disent que ce sont des gens – d’autres, plus pragmatiques, que ce sont quatre murs et un toit familiers. J’ai toujours eu du mal à me sentir chez moi, dans tous les chez-moi où j’ai vécu. Et puis un jour, j’ai ressenti le besoin de répondre à cette question. Je crois que c’est parce qu’il y avait trop d’autres questions en suspens dans ma tête. Il fallait trouver une réponse à au moins l’une d’entre elles.
En Corse, savoir qui tu es — à quel endroit tu appartiens, à quelle histoire —, un peu plus fatalement qu’ailleurs je crois, est inhérent à ta construction. L’héritage familial se transmet génération après génération. On est très attaché aux anciens et aux lieux. Quand j’étais adolescente, ma famille c’était ma mère, et l’histoire familiale, un sujet douloureux. J’avais l’impression qu’en comprendre les raisons comblerait un vide en moi. Et puis finalement, quand j’ai su, le vide était encore là.
Alors, « chez moi », j’ai décidé que ce serait là-bas. Pas parce que je m’y sentais particulièrement à ma place mais simplement parce que je ne pouvais me remémorer aucun autre endroit. Je n’avais pas de souvenirs d’avant, et les années d’après, je les avais passées avec un sac sur le dos. Donc « chez moi », ça devait nécessairement être là. De plus, il y avait sur l’île deux personnes qui comptaient, deux raisons de revenir. Ça suffisait.
Nanna Strana peut se traduire en corse par « l’étrange berceuse ».